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Une Célébrité

Pierre CARMIEN (1834 - 1907) :

Un inventeur méconnu

"L’homme n’est heureux que de vouloir et d’inventer"
De cette citation extraite des " Essais " d’ALAIN, Pierre CARMIEN aurait pu faire sa devise, car, entre 1855 et 1906, il prendra 61 brevets pour des inventions nées de son esprit fertile.

Cet inventeur à l’esprit fécond est né à LUZE le 13 Juin 1834. Il a fréquenté l’école du village et ses camarades lui avaient donné le surnom patois de " la balistre ", en français " la bille ", sans doute en raison de l’extrême mobilité de son esprit, toujours en éveil. Toute son activité sera tournée vers des inventions nombreuses qui, malheureusement, ne tireront pas son nom de l’oubli.

Etant élève au Collège de Montbéliard, en 1848, il créa l’ancêtre de la machine à écrire qu’il avait baptisé " PIANO A ECRIRE ". Cet engin fut réalisé avec deux camarades, les frères HAAG, dont le père était brigadier de gendarmerie à Montbéliard, dans les locaux de la gendarmerie. Les gendarmes utilisaient cette marchine pour taper leurs rapports.

Les touches de ce " piano à écrire " étaient en relief. Elles permettaient donc à un aveugle de se service de cet appareil. C’est ce qui se fit, dans les dernières années de sa vie, un industriel de CHEVRET, près de LUZE, M.NOBLOT, des filatures MEQUILLET-NOBLOT, atteint de cécité.

Le brevet fut déposé officiellement le 13 Novembre 1858. Hélas ! aucune entreprise française ne s’intéresse à cette invention. Pierre CARMIEN s’entendit répondre " que cela n’avait aucun avenir ".

Ce n’est que lorsque " le piano à écrire " revient d’Amérique, sous le nom de " WRITING MACHINE ", que l’on se rend compte de l’importance de l’invention.

Dans le même temps, toujours à la gendarmerie, Pierre CARMIEN mettait au point une machine à coudre qui fit le bonheur des femmes de gendarmes.

La machine à coudre " à navette, fonctionnant aux pieds avec une pédale " fut brevetée le 12 Mai 1868. Brevet et nom furent vendus à la famille PEUGEOT qui la fabriqua à AUDINCOURT.

A l’Exposition Universelle de Paris, en 1878, la Légion d’Honneur fut attribuée à M. Benjamin PEUGEOT, constructeur de la machine à coudre. L’inventeur, lui, était déjà oublié ...

Pierre CARMIEN n’arrêtait pas de créer et de déposer des brevets. Nous lui devons :

  • le compas à ellipses,
  • le compteur à eau, dont le principe est toujours utilisé aujourd’hui,
  • le fameux roulement à billes pour bicyclette à roue libre,
  • l’embrayage automatique avec une seule poignée pour machine à transmission,
  • le parapluie-canne,
  • une tondeuse électrique pour animaux,
  • un mixer pour la mayonnaise,
  • le bouton de manchettes à bascule,
  • un étau s’inclinant en tous sens,
  • le tire-bouchon à hélice ...

Pierre CARMIEN était horloger. Il inventa la montre à remontoir durant le siège de Belfort (1870-1871).

A la même époque, à la demande du Colonel DENFERT-ROCHEREAU, il a mis au point de petites montgolfières à gaz qui, pendant le siège de Belfort, servirent à transporter des dépêches à Besançon.

En 1883, il a déposé un brevet pour un " hélicoptère " baptisé " aviateur vertical ". Il ne trouva personne pour s’intéresser à cette invention. Des acheteurs étrangers lui proposèrent 600 000 francs-or. Il refusa leur offre estimant que cela intéressait la Défense Nationale de son pays.

L’armée française détourna la tête !!

Pierre CARMIEN fut également un véritable précurseur, essayant, avant le savant Georges CLAUDE, de capter la puissance des mers.

Un de ses brevets (N°62.286 du 8 Mars 1864) est en effet relatif à " L’application et la transmission des forces des vagues ". C’était le principe des usines marémotrices dont l’exemple le plus célèbre est l’usine de la Rance.

Sa dernière grande invention fut " le gaz CARMIEN " qui, avant la généralisation du gaz ordinaire et de l’électricité, a rendu de nombreux services à ceux qui l’employaient.
Exploitée à Nantes par la Société du Gaz CARMIEN, cette invention fit la fortune d’un financier peu scrupuleux.

Pierre CARMIEN a été, très souvent, victime d’industriels sans vergogne. Impuissant à se défendre, il vit vendre et exploiter ses plus belles inventions.

S’il avait habité l’Amérique, il aurait certainement réalisé une fortune prodigieuse !

A l’époque, en France, les inventeurs n’étaient pas protégés. L’ANVAR (Agence Nationale pour la Valorisation de la Recherche), destinée à aider les inventeurs à commercialiser leurs découvertes, n’existait pas.

Pierre CARMIEN, né à LUZE où s’est écoulée son enfance, a passé la plus grande partie de sa vie à MONTBELIARD. Il est décédé à NANTES, le 18 Octobre 1907, chez sa fille.

LA ROUE LIBRE

BREVET N°113732, le 13 JUILLET 1876 :
La bille fut utilisée pour la première fois pour roulements de machines, roulettes de meubles.

BREVET N°273103, le 14 DECEMBRE 1897 :
Première bicyclette à roue libre.
Cette bicyclette fut présentée à une quinzaine de grands constructeurs, dont quatre de St-Etienne. Aucun ne s’y intéressa disant que c’était très dangereux, que cette bicyclette devrait même être interdite, enfin que ça ne présentait aucun intérêt pratique.
Découragé, Pierre CARMIEN abandonna son brevet, c’est à dire que la troisième annuité ne fut pas payée.

Aussitôt, bien entendu, toutes les usines fabriquèrent des vélos à roue libre !
Une fois de plus, Pierre CARMIEN avait été spolié.
Enquête rélisée par Madame Arlette BUHLER de LUZE d’après les archives de la famille de Monsieur Pierre CARMIEN.